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La filière du café en pleine ébullition : entre nouvelles boissons et innovations agricoles

Avec les changements climatiques, l’industrie du café vie depuis plusieurs années un bouleversement majeur qui impose adaptation, innovation et diversification. Si rien ne change d’ici 2050, près de la moitié des terres caféières pourraient devenir impropres à sa culture.

Le climat constitue aujourd’hui l’un des principaux défis de la filière. Il redessine progressivement les terroirs, favorise l’apparition de maladies et impacte directement la floraison et le développement des cerises. Les producteurs doivent donc faire preuve d’une grande créativité tant dans les choix de variété que dans les techniques agricoles ou process de fermentation après récolte.

L’objectif est clair : S’adapter pour maintenir des volumes de production suffisants tout en conservant une qualité gustative intéressante permettant de valoriser son café au meilleur prix.

Dans un article précèdent, on évoquait la nécessité pour le producteur de diversifier ses cultures pour vivre. Aujourd’hui, ils sont nombreux à cultiver également des bananes, des avocats, des mangues ou encore du poivre. Certains développent aussi des activités complémentaires : élevage de volailles, de chèvres, de bovins ou encore apiculture.

Plus récemment, il valorise aussi des sous et co-produit du caféier, comme la cascara (pulpes séchées de la cerise de café) et les feuilles de caféier. Longtemps ignorées, ils apparaissent depuis quelques années sur les marchés internationaux.


Feuilles de caféier en train de secher

Les feuilles de caféier et la cascara : des ressources oubliées qui reviennent au goût du jour

Pendant des décennies, l’industrie du café s’est concentrée presque exclusivement sur le grain. Pourtant, le caféier produit une grande quantité de cerises et de feuilles, longtemps considérées comme simple déchet agricole ou destinée au compost.

Aujourd’hui, les cerises de café, une fois les grains extraits, sont séchées et commercialisées en vrac sous le nom de Cascara. Quant aux feuilles, elles suscitent un intérêt croissant grâce à une boisson encore méconnue : l’infusion de feuilles de caféier. Evoquant le goût du thé, elle contient trois fois plus d’antioxydant et une faible quantité de caféine, offrant une énergie douce au quotidien.

 

Cette boisson est pourtant loin d’être nouvelle. Dans plusieurs pays producteurs, notamment en Éthiopie, en Indonésie ou en Jamaïque, les feuilles de caféier sont consommées depuis des siècles sous forme d’infusion. En Éthiopie, par exemple, différentes préparations traditionnelles existent associant épices, herbes aromatiques ou lait.

Des études ethnographiques menées dans la région de Gofa, au sud de l’Ethiopie, montrent que ces boissons font partie intégrante de la vie quotidienne. Les feuilles sont récoltées, nettoyées, écrasées puis bouillies avec diverses plantes aromatiques comme le gingembre, la coriandre ou la citronnelle. Il en résulte une boisson au profil aromatique complexe, souvent décrite comme douce, végétale et légèrement stimulante.

L’intérêt pour ces infusions dépasse désormais le cadre traditionnel local. Depuis 2020, l’Union Européenne autorise officiellement la commercialisation des feuilles de caféier comme aliment traditionnel. Cette reconnaissance ouvre la voie à de nouvelles opportunités : thés de feuilles de café, boissons prêtes à boire, mélanges botaniques ou même versions lactées inspirées des recettes traditionnelles locales.

Au-delà de l’innovation produit, l’intérêt est aussi économique. Les feuilles peuvent être récoltées lors de la taille des caféiers, offrant une source de revenus supplémentaire sans planter de nouvelles cultures. Et si on ajoute à cela la vente de la Cascara, cette approche permet d’optimiser l’ensemble de la plante.

Le changement climatique redessine la carte des plantations de café

Pendant longtemps, on a considéré que le café poussait exclusivement dans la ceinture de feu entre les deux tropiques. Mais cette vision commence à devenir caduc. Le réchauffement climatique modifie les températures, les précipitations et la fréquence des événements extrêmes, impactant directement la production de café. Si bien que l’on cherche de nouvelle terre propice. L’apparition de nouvelles zones de production en Sicile en est le parfait exemple.

L’Arabica, particulièrement apprécié pour sa qualité, est aussi très sensible aux variations climatiques. Face à la hausse des températures, les cultures migrent vers des altitudes plus élevées pour retrouver des conditions adaptées. Mais les montagnes offrent moins de terres cultivables et rendent la mécanisation et la logistique plus difficiles.

Si certaines régions situées plus au nord ou au sud de l’équateur commencent à être testées, elles restent exposées à des risques climatiques importants (gel, vagues de chaleur), ce qui limite leur viabilité à long terme.

Dans ce contexte, il devient essentiel de développer des variétés plus résistantes et d’adapter les pratiques agricoles. Face à ces défis, la filière du café adopte différentes stratégies :

-         On adapte les variétés de café au milieu et non l’inverse. Cela implique d’avoir une bonne compréhension de son terroir, du climat local, de la faune et de la flore environnante...

 -         On développe l’agroforesterie (cf. article : Enjeux du café : changements climatiques et agriculture régénératrice). Cette pratique qui n’est pas nouvelle optimise l’utilisation des ressources, accroit la diversité biologique, protège des maladies et créer un microclimat favorable à l’augmentation des rendements.

 -         On mise sur la recherche de variété botanique à fort potentiel qui résiste mieux à la chaleur et aux maladies tout en conservant une qualité gustative et une production intéressante (mutation génétique naturelle ou hybridation faite en laboratoire). C’est le cas de la variété naturelle « Coffea Stenophylla » ou de croisements en laboratoire d’Arabica comme le Congusta F1 (C. Canephora x C. Congensis) ou le Milenio F1 (C. Sarchimor x C. Rume Sudan).

 Les recherches de croisement sont très prometteuses, mais cela demande du temps. Créer une nouvelle variété prend entre 20 et 30 ans car un caféier se reproduit tous les 3 à 5 ans et il faut 6 à 8 générations pour que les caractéristiques intéressantes se stabilisent. Quand on sait que le café est l’un des seuls produits agricoles avec le blé à avoir une faible diversité génétique, c’est dire l’importance de la recherche.

Un futur plus diversifié, porteur d’espoir

L’industrie du café entre dans une phase de transformation profonde. La valorisation des feuilles de café ou de la cascara montre qu’il est possible de repenser entièrement l’utilisation de la plante et d’apporter de nouvelles opportunités économiques.

Parallèlement, l’adaptation au climat passera par une meilleure compréhension des écosystèmes et par des modèles agricoles plus résilients. Il ne faudra pas se contenter de cultiver plus haut ou plus loin de l’équateur mais bien de penser différemment le café de demain.

Dans cette transition, les torréfacteurs ont aussi un rôle à jouer. Chez Café Toqué cela passe par le paiement de cafés aux prix justes, le financement de projets via des primes ou la valorisation des sous et co-produits du caféier.

C’est dans cette logique qu’est née l’idée de proposer, en complément des grains de café, de la cascara ainsi qu’une boisson fraîche gourmande et originale à base de feuille de caféier et de cascara : Alatéa.

Vous l’aurez compris, face aux enjeux et aux défis à venir, la filière du café de spécialité se montre inventive. Le bon bol de café matinal n’est pas près de disparaitre.


Bouteilles d'Alatéa à base de cafeier

Un café italien… de quoi parle-t-on ?